/ Il est temps de vous présenter les 5 artistes qui tisseront les fils de ces « Génération(s) » pour ce festival photo des Errances Photographiques à Nontron en Périgord Vert pour l’édition 2026 ! Rendez-vous le samedi 27 juin pour l’inauguration en présence des artistes pour une balade photographique à ciel ouvert !


Corinne Vachon.
Celle qui pose son regard sur ces enfants du monde a fait un long chemin pour apprendre à les voir. Diplômée en 2001 de Spéos, Corinne pratique le portrait en créant chez elle un studio. Son envie de découvrir et photographier le monde naît lors d’un voyage avec une amie au Viêtnam, en 2010. Dès lors, cette passion pour les contrées reculées et leurs peuples ne la quittera plus. « Il y a ce que je vois et, il y a ce que je veux montrer. »
Depuis une quinzaine d’années, Corinne part à la rencontre de populations isolées : les peuples nomades d’Inde, du Kirghizistan, d’Iran, de Russie, mais aussi à Madagascar, en Afghanistan, au Soudan du Sud, au Kenya, au Pérou et en Bolivie. Au contact de ces peuples, elle découvre des modes de vie différents, des traditions ancestrales et des coutumes qui lui permettent d’ajuster son regard sur le monde et ses habitants. En s’installant durablement sur ses lieux de reportage, Corinne se fond dans les communautés pour créer de l’intimité. Cette approche lui permet de saisir un regard, un « moment de vie », pour des photographies authentiques. Son métier de photographe-reporter, solitaire et difficile, la confronte à ses préjugés et croyances. Convaincue que son travail photographique s’inscrit dans « un devoir de mémoire », il constitue un élément central de sa philosophie de vie. Elle rapporte donc des histoires de « l’autre bout du monde » et des images, véritables témoignages anthropologiques.
– « Si loin, si proche ».
Ce sont des photos d’enfants. De simples enfants. Mais les brumes des montagnes qui les entourent, les ombres des intérieurs qui les abritent et le chatoiement de leurs coiffes nous les font accroire d’un autre monde. Ils habitent des villages d’une andine hauteur qui pourraient être savoyards s’il n’y avait leur nom : Kirghizes, Nénètses, Pérou, Mongol ou Zanskars. On pourrait les croire d’un autre temps tant leur pose et leur langueur semblent du début de notre siècle, alors qu’au plus loin de la distance, dix heures à peine nous séparent de leurs regards.
Dans les vallées isolées du Pakistan, les petites Kalash portent encore la kupas, leur coiffe brodée de cauris et de plumes, comme leurs ancêtres le faisaient il y a mille ans. Tout comme les Drokpas du Ladakh qui portent des fleurs dans leurs cheveux, ils seraient les derniers descendants d’Alexandre — Grecs perdus au bout du monde, dont les enfants aux yeux clairs nous regardent à travers les siècles avec la même gravité tranquille.
Rien ne les distingue des nôtres et des autres, si ce n’est nos fantasmes. Et pourtant, leurs histoires portent le poids du monde, ses traditions millénaires, ses mutations brutales, ses injustices silencieuses. Leurs modes de vie ancestraux vacillent sous la pression du climat, de l’exode, de la modernité qui avance.


Guillaume Nédellec.
Guillaume Nédellec est né en 1977 à Poissy et vit à Marseille. Graphiste de formation et photographe autodidacte, il développe un travail artistique à la frontière du réel et de la fiction, autour de la figure des héros de l’ordinaire et de l’étrangeté du monde. En commande, il collabore régulièrement avec la presse nationale. En 2026, il publie L’écume de nos vies avec l’Atelier Manez. En 2023, il sort Seulle Étoile aux éditions Imogène et Algerama en 2022.
Son travail a été remarqué à plusieurs reprises : finaliste au Prix Camera Clara (« Seulle Étoile », 2021 et « Odyssée », 2023), et au Prix des Nouvelles écritures (« Les Enfants d’Izieu », 2020).
En 2026, L’écume de nos vies est exposée aux Champs Libres de Rennes. En 2023, sa première exposition individuelle, « Seulle Étoile », a été présentée aux Hospices civils de Beaune, où 25 tirages ont intégré les collections. Depuis 2019, il a participé à plusieurs expositions collectives dont « Aimer ce que nous sommes » et « Algerama », sous le commissariat de Valérie Fougeirol (Espace Coco, Paris, 2022 et 2023), « La nuit étoilée » (Rencontres d’Arles, 2024 et 2021), « L’étranger » et « Seulle Étoile » (Galerie Vu’, 2022 et 2020). Il a aussi été accueilli en résidence au Festival de Montmélian en 2022.
– « LES ENFANTS D’IZIEU »
Dans le sud de l’Ain, 44 enfants et 7 adultes réfugiés à la colonie d’Izieu ont été arrêtés lors de la rafle du 6 avril 1944, sur ordre de Klaus Barbie. 42 de ces enfants et 5 de ces adultes ont été exterminés au camp d’Auschwitz- Birkenau. Deux adolescents et un adulte ont péri à Reval. Une jeune femme a survécu.
Enfant, mes grands-parents me racontaient des histoires de la guerre 39-45. J’entends encore la voix de ma grand-mère Alice trembler lorsqu’elle me parlait du bruit des bottes battre le pavé. Cette période les a profondément marqués. Par leur parole, nécessaire, ils m’ont transmis un écho de ce moment dramatique.
Lorsque fin 2014, je suis allé vivre dans le nord- Isère, Izieu me faisait face. L’endroit m’appelait. Je m’y rendais semaine après semaine. Pendant deux ans, j’ai arpenté ses chemins, tenté d’en saisir les silences et interroger la mémoire. Début 2017, le temps aidant, j’ai décidé de raconter l’histoire de ces enfants, à ma façon. J’ai finalisé mon travail sous la forme d’un court métrage, sorti fin 2019.
Les personnes photographiées sont engagées, chacune à leur manière, dans la transmission de l’histoire de ces enfants.


Émilie Marchandise.
Émilie Marchandise est photographe documentaire, spécialisée dans les récits de famille et la capture des liens humains. Dès 18 ans, ses voyages avec un réflex argentique l’ont initiée à l’observation sensible : paysages, rencontres et lumière ont façonné son regard. En 2008, la naissance de ses enfants a révélé sa passion pour la photographie spontanée. Saisir leurs rires, leurs jeux, leur insouciance, conserver ces instants fugaces est devenu essentiel. La photographie est alors devenue un moyen de révéler la richesse des émotions et la beauté du quotidien.
Depuis 2016, Émilie vit pleinement de sa passion. Formée au photojournalisme et à l’approche documentaire, elle privilégie la lumière naturelle et l’attention au détail. Son travail cherche à capter ce qui échappe souvent au regard : un geste, un silence, un éclat de complicité.
« Capturer la magie de l’enfance ».
Le thème « Capturer la magie de l’enfance » lui tient particulièrement à cœur. Il lui permet de préserver et de raviver sa propre âme d’enfant, même à l’âge adulte. Cette part de nous, faite de légèreté et d’insouciance, a cette capacité précieuse de vivre l’instant présent avec une intensité totale et de s’émerveiller des petites choses du quotidien. À travers ces images, elle espére inviter les parents, et plus largement les spectateurs, à se reconnecter, eux aussi, à cette âme d’enfant, source de joie, de présence et de simplicité.


Éric Courtet.
Né en 1968 à Lorient en Bretagne, je m’initie à la photographie au début des années 1990 sur les scènes des théâtres de la région parisienne, et plus particulièrement celle de La Commune à Aubervilliers, dirigée alors par Didier Bezace. Diplômé de l’Ecole Française d’Enseignement Technique (EFET), section formation à la photographie, je m’installe à nouveau à Lorient en 2005 et m’oriente vers une photographie plus personnelle, plus intime, questionnant notre relation à la communauté humaine, puisant mon inspiration dans les œuvres des auteurs qui interrogent le lien, la mémoire, le territoire, les « affaires d’âmes ». Photographe associé au Lieu de la Photographie à Lorient, je réalise en collaboration avec celle-ci des résidences en milieu scolaire et carcéral.
En 2023, lors des 25èmes Rencontres Photographiques du pays de Lorient, Le Lieu de la Photographie a produit et exposé mon travail, « à-côtés », un récit photographique sur le territoire du centre Bretagne. Ce travail, récent finaliste de la Quinzaine Photographique Nantaise vient de recevoir le Prix des Chemins de photos à Montréal/ Aude (11). Ce projet vient d’être publié aux éditions Révolues sous le titre « Le peuple de l’intérieur » avec la complicité de Fabien Ribery.
– « Le lieu du lien ».
Venu à la photographie par les plateaux de théâtres, les salles de concert, le reportage, je ne cesse aujourd’hui de questionner cette pratique, considérant l’acte de photographier comme un acte d’écriture. Les nombreux projets ou résidences sur lesquels j’ai travaillé ont révélé cette évidence : c’est en allant à la rencontre d’un monde souvent peu représenté, d’être à l’écoute de celles et ceux qui font le lien, la transmission, la mémoire, le territoire, que nait le récit. Le Lieu du Lien est un projet d’éducation artistique en milieu scolaire réalisé sur l’année 2023/2024 à l’école élémentaire du Bois du Château à Lorient (56). J’ai accompagné les élèves de la classe de CE2 de Gwendal Fraval pendant toute une année scolaire à travers des médiations et des ateliers autour du langage et de la pratique photographique.
M’inscrire dans ces projets de résidences scolaires, c’est poursuivre naturellement une écriture photographique singulière, celle dans laquelle je me suis engagé.


Laura Riis.
Laura Riis (b. 2002, Denmark) is a documentary photographer and full-time photojournalist whose work explores how communities navigate change, with a focus on faith, belonging, and adolescence. Her practice has taken her across Latin America and Pakistan, where she has spent several years documenting the ways people respond to cultural and systemic challenges.
Her ongoing series, Faith in Transition (Pakistan), explores religious conversion among the indigenous Kalash community and was selected as Highly Commended by the Ian Parry Photojournalism Grant 2025 and nominated for UNICEF’s Photo of the Year. Influenced by her formative years in India, Laura photographs with a gentle, observant approach, building trust to explore how people construct identity within changing worlds.
Working full-time with Duckling, a new media outlet she helped shape, Laura contributes to both editorial vision and photographic storytelling. A graduate of Photojournalism in Paris (2025), she continues to document communities at the intersection of tradition, faith, and social change.
– « Faith in Transition »
À l’extrême nord de la province de Chitral, dans les montagnes de l’Hindou Kouch au Pakistan, subsistent les derniers vestiges d’une culture ancestrale transmise depuis l’époque d’Alexandre le Grand. Cette région abrite une petite population de la communauté autochtone Kalash, dont la vie est rythmée par des rituels de danse, de couleurs et de feu, perpétuant ainsi les traditions animistes de leurs ancêtres, il y a des milliers d’années. Pourtant, avec le monde musulman comme voisin de longue date, le changement a toujours plané sur leur existence. Pour les jeunes Kalash, cela signifie grandir au milieu des conversions religieuses, se forgeant une identité entre héritage et Pakistan moderne.
Parmi eux, Zarmina et Karina : deux jeunes femmes qui ont quitté les vallées Kalash pour poursuivre leurs études dans les villes pakistanaises. Avec une population d’environ 4 000 habitants et une seule école primaire pour les enfants Kalash, l’éducation devient un rite de passage précoce, qui se déroule de plus en plus loin de leurs vallées ancestrales. Leurs parcours ne sont pas exceptionnels, mais s’inscrivent dans un mouvement générationnel plus large, où l’exil devient une condition d’apprentissage. Dans les villes reculées, façonnées par la majorité musulmane du Pakistan, les femmes Kalash, en particulier, se heurtent à des codes de conduite, des codes vestimentaires et des attentes culturelles qui leur sont étrangers.
« Je veux étudier quelque chose qui puisse être utile à ma communauté, mais pendant mes deux ans et demi d’université à Peshawar, je n’ai jamais dit à personne que j’étais Kalash », raconte Zarmina.
« Les jeunes Kalash commencent à rejeter leur propre culture à cause des questions incessantes venues de l’extérieur… Je suis passée par là aussi. À un moment donné, j’ai commencé à la rejeter. Mais je suis revenue, et maintenant je me sens plus connectée », confie Karina.
Ensemble, leurs voix illustrent un éventail de réactions : s’investir, s’adapter, rejeter et se réapproprier leur culture, chacune étant influencée différemment par une condition sous-jacente commune. Tandis que les jeunes Kalash poursuivent leurs études, les opportunités d’emploi dans leurs vallées restent limitées, ce qui pousse progressivement certains d’entre eux vers la vie de la majorité musulmane, où certains choix, une fois faits, sont difficilement réversibles. Zarmina et Karina ne sont pas des cas isolés, mais s’inscrivent dans une transformation plus vaste qui se déploie au sein de la communauté. Le changement n’est pas un événement ponctuel, mais un processus continu. Il façonne la tension entre les traditions héritées et les pressions sociales, révélant l’incertitude d’une génération confrontée à des transitions imposées.
/ Dites nous en commentaire, quelle est la série photographique
que vous avez hâte de découvrir à Nontron, cet été ?